expérience hasardeuse

Publié le par florian gadenne

de quelles manières s’offrir l’expérience de phénomènes dont aurait entendu parler ou rapporté les faits ? peut-être faut-il simplement faire confiance en une intuition naïve et instinctive qui aiguille les choix des matières à travailler, et à mettre au travail.

sensation d’être un exécutant au service d’une entreprise qui élabore ses propres règles, de manière empirique, lancer, concevoir une expérience comme on fait un feu, confectionner le foyer qui diffusera ses crépitements fictionnels.

dès lors, il s’agit d’éprouver les comportements et réactions de toutes ces matières dont on imagine les propriétés.

on assemble ces éléments comme l’oiseau fait son nid, selon une stratégie guidant la fabrication par un équilibre subjectif et singulier.

aquarium d'eau de pluie stagnante

aquarium d'eau de pluie stagnante

détail de l'aquarium sur une éponge de mer

détail de l'aquarium sur une éponge de mer

germe de pomme de pin

germe de pomme de pin

« l’imagination matérielle, l’imagination des quatre éléments, même si elle favorise un élément, aime à jouer avec les images de leurs combinaisons. elle veut que son élément favori imprègne tout, elle veut que son élément, aime à jouer avec les images de leurs combinaisons. elle veut que son élément favori imprègne tout, elle veut qu’il soit la substance de tout un monde. mais malgré cette unité fondamentale, l’imagination matérielle veut garder la variété de l’univers. la notion de combinaison sert à cette fin. l’imagination formelle a besoin de l’idée de composition. l’imagination matérielle a besoin de l’idée de combinaison.

en particulier, l’eau est l’élément le plus favorable pour illustrer les thèmes de combinaison des puissances. elle assimile tant de substances ! elle tire à elle tant d’essences ! elle reçoit avec égale facilité les matières contraires, le sucre et le sel. elle s’imprègne de toutes les couleurs, de toutes les saveurs, de toutes les odeurs.

on comprend donc que le phénomène de la dissolution des solides dans l’eau soit un des principaux phénomènes de cette chimie naïve qui reste la chimie du sens commun et qui, avec un peu de rêve, est la chimie des poètes.

[…]

pour un esprit moderne, la rationalisation se fait immédiatement. il sait que l’eau est un liquide entre mille autres. il sait que chaque liquide est caractérisé par sa densité. la différence de densité des liquides non miscibles lui suffit pour expliquer le phénomène.

au contraire, un esprit préscientifique va fuir de la science vers la philosophie.

[…]

nous voulons montrer comment les rêves s’associent aux connaissances, nous voulons montrer le travail de combinaison que l’imagination matérielle réalise entre les quatre éléments fondamentaux.

les véritables images, les images de la rêverie, sont unitaires ou binaires. elles peuvent rêver dans la monotonie d’une substance. si elles désirent une combinaison, c’est une combinaison de deux éléments […] c’est un mariage.

quand l’imagination rêve à l’union durable de l’eau et du feu, elle forme une image matérielle mixte d’une singulière puissance. c’est l’image matérielle de l’humidité chaude. pour beaucoup de rêveries cosmogoniques, c’est l’humidité chaude qui est le principe fondamental. c’est elle qui animera la terre inerte et en fera surgir toutes les formes vivantes.

[…]

le temps s’inscrit dans la matière bien mijotée. on ne sait plus ce qui travaille : est-ce le feu, est-ce l’eau, est-ce le temps ?

en fait, nous pouvons voir ici en action un principe psychologique que nous avons déjà énoncé : une ambivalence est la base la plus sûre pour des valorisations indéfinies. »

gaston bachelard – l’eau et les rêves – les eaux composées – 1942 – p.126-127-128-129-136.

électrolyse de sulfate de cuivre
électrolyse de sulfate de cuivre

électrolyse de sulfate de cuivre

acétate de cuivre, fer blanc, urine, pollen, pierre d'alun, sang de porc, sureau, cuivre
acétate de cuivre, fer blanc, urine, pollen, pierre d'alun, sang de porc, sureau, cuivre

acétate de cuivre, fer blanc, urine, pollen, pierre d'alun, sang de porc, sureau, cuivre

expérience hasardeuse
expérience hasardeuse
une fois la matière dissoute, coagulée de façon subtile en une autre forme, elle prend un autre aspect et reste un organisme vivant.

une fois la matière dissoute, coagulée de façon subtile en une autre forme, elle prend un autre aspect et reste un organisme vivant.

porosité de pots

porosité de pots

renoue du japon en captivité
renoue du japon en captivité

renoue du japon en captivité

« nous nous sommes tellement éloignés de la nature, nous l’avons tellement modifiée, manipulée, détruite, nous avons si bien oublié qu’elle est l’art par excellence, que seul un artifice de plus, celui de l’art humain, peut nous aider à la retrouver. parce que nous avons perdu toute relation d’immédiateté avec la nature, nous avons besoin de la médiation supplémentaire de l’art pour restaurer l’unité que nous formions avec elle. »

herman de vries

expérience hasardeuse
mimosa pudica vivant dans un crâne humain

mimosa pudica vivant dans un crâne humain

expérience hasardeuse
exportation de terre suisse en capsule d'osier accouplée par le hasard avec une sculpture de perrine gicquel
exportation de terre suisse en capsule d'osier accouplée par le hasard avec une sculpture de perrine gicquel

exportation de terre suisse en capsule d'osier accouplée par le hasard avec une sculpture de perrine gicquel

alluvion,  50cm/50cm/2m,  buis, terre, eau, scotch, pot  plastique, pot en verre, pot en terre.

alluvion, 50cm/50cm/2m, buis, terre, eau, scotch, pot plastique, pot en verre, pot en terre.

l’eau est filtrée par différentes strates, ­comportant chacune un environnement. durant son parcours sa ­constitution ­subit ­plusieurs transformations, elle constitue un flux qui prélève et distribue des ­éléments organiques et minérale. arrivée en bout de course elle ­compose une mémoire de cette ­interdépendance.

commentaire du microcosme d'un tapis abandonné par l'homme

commentaire du microcosme d'un tapis abandonné par l'homme

pluie d'averse
sans un bruit sur la mousse
me reviennent les choses du passé

yosa buson

"la chenille s'avance prudemment du bord, elle se penche au dessus du vide, s'agrippe, marche à reculons pour faire demi-tour. elle semble aussi agile dans un sens comme de l'autre. finalement, décide de franchir le pas, bascule sous la carpette, se blottie, la tête à l'envers, son haut devient son bas. cachée, blottie dans l'épaisseur du tapis. cherche-t-elle une cachette pour se transformer? la limace translucide parcours de long, en large, en diagonales, tissant ses éternels fils de bave derrière elle. elle est plus opaque et sombre à l'arrière de son corps due à ses organes, son transit intestinal."

sculptures de poisson réalisées d'après nature ( perche péché dans la seine)

sculptures de poisson réalisées d'après nature ( perche péché dans la seine)

« bref , on suit du minéral à la plante, de la plante aux plus simples êtres conscients, de l’animal à l’homme, le progrès de l’opération par laquelle les choses et les êtres saisissent dans leur entourage ce qui les attire, ce qui les intéresses pratiquement, sans qu’ils aient besoin d’abstraire, simplement parce que le reste de l’entourage reste sans prise sur eux : cette identité de réaction à des actions superficiellement différentes est le germe que la conscience humaine développe en idée générales. »

henri bergson – matière et mémoire – 1939 – p.78.

atelier

atelier

Le rêve d'Alembert,

denis diderot

entretien entre d’alembert et diderot

oeuvres complètes de diderot, 1875-77, II (pp. 105-121).

d'alembert:

assurément. quelque ressemblance qu’il y ait entre la forme extérieure de l’homme et de la statue, il n’y a point de rapport entre leur organisation intérieure. le ciseau du plus habile statuaire ne fait pas même un épiderme. mais il y a un procédé fort simple pour faire passer une force morte à l’état de force vive ; c’est une expérience qui se répète sous nos yeux cent fois par jour ; au lieu que je ne vois pas trop comment on fait passer un corps de l’état de sensibilité inerte à l’état de sensibilité active.

diderot

c’est que vous ne voulez pas le voir. c’est un phénomène aussi commun.

et ce phénomène aussi commun, quel est-il, s’il vous plaît ?

je vais vous le dire, puisque vous en voulez avoir la honte. cela se fait toutes les fois que vous mangez.

toutes les fois que je mange !

oui ; car en mangeant, que faites-vous ? vous levez les obstacles qui s’opposaient à la sensibilité active de l’aliment. vous l’assimilez avec vous-même ; vous en faites de la chair ; vous l’animalisez ; vous le rendez sensible ; et ce que vous exécutez sur un aliment, je l’exécuterai quand il me plaira sur le marbre.

et comment cela ?

comment ? je le rendrai comestible.

rendre le marbre comestible, cela ne me paraît pas facile.

c’est mon affaire que de vous en indiquer le procédé. je prends la statue que vous voyez, je la mets dans un mortier, et à grands coups de pilon…

doucement, s’il vous plaît : c’est le chef-d’œuvre de falconet. encore si c’était un morceau d’huez[1] ou d’un autre…

cela ne fait rien à falconet ; la statue est payée, et falconet fait peu de cas de la considération présente, aucun de la considération à venir[2].

allons, pulvérisez donc.

lorsque le bloc de marbre est réduit en poudre impalpable, je mêle cette poudre à de l’humus ou terre végétale ; je les pétris bien ensemble ; j’arrose le mélange, je le laisse putréfier un an, deux ans, un siècle, le temps ne me fait rien. Lorsque le tout s’est transformé en une matière à peu près homogène, en humus, savez-vous ce que je fais ?

je suis sûr que vous ne mangez pas de l’humus.

non, mais il y a un moyen d’union, d’appropriation, entre l’humus et moi, un latus, comme vous dirait le chimiste.

et ce latus, c’est la plante ?

fort bien. J’y sème des pois, des fèves, des choux, d’autres plantes légumineuses. les plantes se nourrissent de la terre, et je me nourris des plantes.

vrai ou faux, j’aime ce passage du marbre à l’humus, de l’humus au règne végétal, et du règne végétal au règne animal, à la chair.

je fais donc de la chair ou de l’âme, comme dit ma fille, une matière activement sensible ; et si je ne résous pas le problème que vous m’avez proposé, du moins j’en approche beaucoup ; car vous m’avouerez qu’il y a bien plus loin d’un morceau de marbre à un être qui sent, que d’un être qui sent à un être qui pense.

fragments

fragments

phénomène de vibration/résonnance d'une Diptère Tipulidae ou Tipule ou encore "Cousin".

relevé stochastique,  59cm/39cm,

relevé stochastique, 59cm/39cm,

cire d’abeille, malle en bois, éprouvettes, eau du robinet, mille-pattes, pomme de terre, fer blanc, carotte, argile, sel de mer, rouille, jaune d’œuf, terre, poulet, acier, mâche, acide ­chlorhydrique, vinaigre balsamique, ­gingembre, alun, ­citron, sulfate de cuivre, haricot vert, peinture de ­paint-ball, jambon, sureau, araignée, poire, lait, limaille de fer, ­orange, thé, miel de fleurs d’agrumes, abeille menuisière, vin, pollen de cèdre, houx, pluie, gélatine, gomme arabique, crème fraîche, huile de lin, banane, poivre, pétale, mousse, tomate, sable, huile d’olive, ­plâtre, cheveux, eau stagnante, potimarron, chanvre, poils, peinture acrylique blanche, papier, urine, quinoa, peinture à huile noire, ­clémentine, ­limon, cendre, graphite, saumon fumé, gomme, feuille morte, poussière, ail, ­sapin, punaise des bois, fer, salade, cuivre, vinaigre d’alcool, graisse de porc, cuillère inox, lézard, riz, salive, bousier.

il s’agit de prélèvements aléatoires, ajoutés à de l’eau puis transposés dans des éprouvettes. chaque ­éprouvette est placée dans une malle, à l’abri des regards et de la lumière. chaque mixture fermente, se développe, se transforme.

expérience hasardeuse
expérience hasardeuse

Publié dans art

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anonyme 18/07/2014 14:23

superbe blog avec une grande dose d'imagination merci a toi F.G